ARGUMENTAIRE
SUR LE PROJET DE LOI FILLON
Dans toute la France des lycéens se mobilisent.
Nous montrons ainsi que nous voulons prendre en main notre éducation.
Mais trop peu d’entre nous connaissent exactement les raisons de leur mobilisation. Voilà pourquoi nous avons décidé de faire cet argumentaire pour expliquer les raisons de la mobilisation et les attentes des lycéens.
Notez qu’il est réalisé par des lycéens indépendants et ne met pas en avant les idées de tel syndicat ni de tel parti politique.
Voilà les différents points qui nous font réagir :
-La réforme du bac
Il est clair que notre bac est actuellement insatisfaisant en terme de résultats et de méthodes (bachotage, pression et travaille énorme en fin d’année). Il a donc besoin d’être réformé.
Cependant le souhait du Ministre d’instaurer une dose de contrôle continu ne convient guère.
En effet, l’anonymat des copies est ainsi remis en cause. De plus, « un bac à 2 vitesses » risque de s’instaurer progressivement. Le bac des « bons » et des « mauvais » lycées qui pourrait porter préjudice par la suite.
Certes M. Fillon a repoussé de 2 mois cette réforme car il déclare ne pas vouloir la faire passer en force. Mais il maintient son désir de le réformer sans nous garantir que notre avis sera pris en compte et qu’un réel dialogue sera instauré.
-La sécurisation de l’école
M. Fillon, sous prétexte de lutte contre l’insécurité dans les lycées, nous propose une vision sécuritaire et autoritaire de l’Ecole. Cela s’est traduit par la signature il y a quelques mois d’un protocole d’accord entre le Ministère de l’Education et le Ministère de l’Intérieur. Ce protocole (dont les grandes lignes sont reprises en annexe du projet de loi d’orientation) établit la présence d’un agent de police référent dans chaque lycée. Le risque principal est qu’un proviseur qui ne souhaite pas prendre le temps de dialoguer avec un élève en faute pourra déléguer hâtivement cette mission à ce référent. Il s’agit d’un pas de plus vers davantage de répression au détriment de la prévention et du dialogue. Plutôt qu’un représentant de la loi, nous souhaiterions une hausse des effectifs de surveillants (postes en baisse depuis trois ans) et un lien plus abouti avec les travailleurs sociaux afin de favoriser la prévention et le dialogue. Par ailleurs, l’Opération (médiatique) de Sécurisation des lycées au cours du mois de janvier a profondément choqué les lycéens. Cette opération s’inscrit dans cette politique sécuritaire que M. Fillon veut voir instaurée à l’école.
-La question des dédoublements
A l’exception des langues, les dédoublements (heures de ½ groupe) sont menacés ce qui induit moins de débat d’ECJS alors que M. le Ministre prétend vouloir davantage former des citoyens. L’esprit critique n’est-il pourtant pas nécessaire à cette formation citoyenne ?
De plus, chacun sait que le travail en petit groupe est beaucoup plus efficace que dans une classe de 35 élèves. Faut-il sacrifier la qualité de l’enseignement pour des raisons de coûts ?
-Spécialisation des séries générales S, ES et L
Pour M. Fillon, l’horaire annuel des lycéens est trop élevé. Il souhaite pourtant introduire des heures de spécialisation dans les séries générales. On peut donc se demander au détriment de quelles autres matières ces heures seront mises en place.
-Refonte des sections technologiques
La diversité des filières technologiques est aujourd’hui menacée par une refonte des enseignements technologiques. Certaines sections seront regroupées, les programmes plus chargés et donc moins approfondies.
-Marchandisation de l’école
Dans ce projet de loi, l’élève n’apparaît plus aussi clairement comme devant être au centre du système éducatif. Aujourd’hui, l’entrée progressive de l’entreprise à l’école semble dommageable. Nous nous rendons bien compte qu’à terme les lycées auront comme priorité d’adapter la formation des lycéens au marché du travail et aux besoins du bassin local.
Le rôle de l’école est-elle de former un esprit critique et responsable ou de répondre aux besoins économique des entreprises ?
-Pédagogie
Le projet de loi d’orientation met malheureusement un peu trop de côté l’aspect pédagogique et sa nécessité. En parallèle, le Ministre a décide de supprimer les Travaux Personnels Encadrés en classe de Terminale. Cela est pourtant une très bonne formation à l’enseignement supérieur. Son maintient en classe de première n’est pas suffisant car il faut plus d’une année pour être initié à la pluridisciplinarité et au travail de recherche et de groupe.
-Remplacements des professeurs
De nombreuses d’heures de cours sont perdues pour des absences de professeurs. Pour palier à ce problème, le ministre propose qu’au sein d’un établissement, un prof absent pour moins de trois semaines puisse être remplacé par un collègue enseignant de préférence la même matière mais si ce n’est pas possible, une autre matière. Le problème est que nous avons besoin d’un enseignement de qualité qui nous permette de terminer le programme à terme. Et ce n’est certainement pas en instaurant un système de remplacement qui vise à des économies que l’on va obtenir la qualité souhaitée.
En définitif, nous demandons le retrait de ce projet de loi d’orientation.
Et nous voulons que ce travail soit repris à zéro avec une réelle concertation des lycéens, en visant une qualité d’éducation telle qu’on nous la promet mais associé à des actions concrètes et sans soucis de répondre aux besoins des entreprises ni de réaliser des économies budgétaires.